Le visiteur de la nuit
Tout au long de l'année, j'en ai vu passer dans mes rêves des visiteurs. Celui-là est le dernier, le meilleur, pour la fin.
Le lit est à la même place, le bureau à gauche, à côté de l'armoire, ainsi en ai-je voulu quand nous avons déménagé. Mais je ne suis pas dans la chambre où je dors mais dans la chambre de mon ancienne maison. Le rêve m'y a transporté... En quelle année suis-je alors ? 2000 et quelque chose... 2009, peut-être.
Il fait nuit vers les deux heures du matin mais la chambre n'est pas dans le noir. La lumière du lampadaire de la rue pénètre dans la pièce par le vellux.
Je dors nu, voilà ma faute. Pour le reste, c'est de la sienne, celle de mon visiteur de la nuit. Venu de je ne sais où, il se glisse dans mon lit sous ma couette, par le côté, et vient sur moi avec agilité. Ses mains douces caressant l'endroit de mes côtes me réveillent...
Je ne m'étonne pas de cette intrusion nocturne, comme si ce n'était pas la première (d'ailleurs nous verrons que ce n'est pas la première). Dans la pénombre sous les draps, je ne distingue pas le visage du garçon. Je sens juste son corps sur le mien, et ses mains, encore, sur ma peau... Le plaisir est infini... Mon ventre est son royaume et il en dispose comme il l'entend, comme il le sent.... Nos sexes se croisent mais nous n'en faisons rien, pour rester à une certaine innocence.
Tout s'efface et je retourne à cette pureté perdue. Mon visiteur s'évanouit vite dans ma nature, en laissant sur mon corps la trace sensible de son passage.
Je pense : ce n'est pas notre première "entrevue" nocturne et secrète. Je multiplie les nuits câlines dans ma mémoire, en trouve même trace dans un carnet : noir sur blanc, les heures de passage du cher et tendre garçon sont écrites (!).
C'est un EMO, me dis-je. Il m'apprend à aimer tout ce que je suis avec une infinie douceur. Revoilà ses mains au creux de mes reins, le plaisir sensuel fait disparaître toute gêne. Il m'embrasse. J'aimerais qu'il glisse au fond du lit et qu'il oeuvre avec sa bouche entre mes jambes avec la même prodigalité de douceur. Mais il disparaît avant...
Je vois ensuite entrer dans ma chambre ma mère. Peut-être l'ai-je appelé comme, quand enfant je l'a réveillé parce que je ne réussissais pas à m'endormir. En tout cas, elle est là, présence hautement symbolique. Je lui raconte tout. Voilà ce qui se passe, malgré moi.
Elle me sert alors un grand verre de lait, dont elle voudrait qu'il est le même effet que le bromure de potassium. Je n'aime pas le goût du lait, depuis l'âge de 7-8 ans, je n'en bois plus. Je rajoute du sucre dans le verre pour que ça passe plus facilement... Est-ce efficace ? Je sais au fond de moi que ça ne l'est pas (sinon je n'en boirais pas !). Le lait a juste un effet apaisant, comme une tisane. Merci maman je vais pouvoir me rendormir.
J'entends ensuite les pas de mon père dans le couloir... Il se lève pour aller travailler, c'est le matin, matin du jeudi 31 décembre 2009, je me réveille dans ma chambre, ma vraie chambre, celle sans vellux, avec les rideaux bleus de la fenêtre bien tirés pour que la lumière ne passe pas...