"Alors, comment cela se passe-t-il avec votre camarade ?"
Le mot camarade sonne faux dans la bouche de la maîtresse de maison.
"Il ne veut que la cravache.
- Et alors ?
- Ce n'est pas mon domaine. Mais le vôtre.
- Ne faites pas la fine bouche."

Eh bien, il faut y retourner.

A quatre pattes au bout du lit, il attend nu mes coups sur son postérieur. Je dis "postérieur" parce que le mot est neutre et convient donc. "Fesses" nous placerait dans le domaine de la sensualité, pas loin donc de l'amour. Et de sensualité, et encore moins d'amour, il ne peut être question. Le plaisir ne peut donc être atteint que par la douleur. Une inversion sexuelle dont il a peut-être honte mais il est bel et bien là, pleinement consentant, tentant certes avec inconscience une expérience dangereuse.

Ce qu'il m'a dit à un moment ou un autre avec sa bouche charnue et ses yeux bleus, c'est qu'il aime comme personne une fille, qu'il veut se marier avec elle, qu'elle sera sa première. Il se sent enrobé d'une pureté et tant que nous ne sortons pas du cadre convenu elle n'est pas altérée.

Mais si je lâche l'instrument de souffrance... Pour le toucher par derrière avec mes mains nues : contact, danger.

Elle, je suis elle lorsque je lui caresse les cuisses, et remonte.. Si je remonte, si je vais trop haut, si j'approche de son postérieur qui devient fesses et anus, je ne suis plus elle, elle n'irait pas aussi loin (dans sa vision naïve de l'amour). Alors, il ne trahit pas le serment qu'il s'est fait à lui-même.

J'enfouis mon visage entre les masses de chair offertes (de fait et de droit), à plat ventre entre ses jambes musclées (lorsque je relève la tête, je vois son dos large et blanc sur lequel j'aimerais compter les taches de rousseur ; j'aimerais vivre sur son corps solide, le connaître par coeur comme une carte de géographie, conquérir des régions, y être l'invité permanent.)

Le plaisir que je lui fais découvrir lui est étranger, il est possible que, dans son monde, personne ne lui en ait jamais parlé et donc interdit ; quoi qu'il en soit, cela n'a rien à voir avec l'amour avec une femme (Que dis-je ? Une femme, pas n'importe laquelle, la femme de sa vie, et je voudrais éviter dans cette parenthèse toute ironie).

A un moment, je ne sais plus comment, pourquoi, peut-être a-t-il eu peur de son propre plaisir ce qui, convenons-en, est étrange, nous changeons de position et ce qui est intéressant symboliquement, en tout cas pour moi ça semble intéressant symboliquement, nous passons du bout du lit au devant du lit. Et maintenant, nous nous faisons face.

Par crainte, il replie ses jambes jusqu'à son menton. Je les écarte pour atteindre avec ma bouche - oui, il avait bien vu ce qu'il l'attendais - son sexe... STOP. Il ne peut pas, ça, c'est Elle qui doit lui faire ressentir ce plaisir, de ma part, c'est insupportable. Soit, il faut respecter les limites de chacun. Où est la cravache ?