Jour de fièvre
Je me réveille avec une douleur à la surface des globes oculaires. J'ai fait un beau et lumineux rêve. Dur de passer de la lumière des rêves au noir de ma chambre. Le rêve est là, ne s'efface pas, j'ai la journée pour m'en rappeler. Jour de fièvre. Fièvre qui ne m'empêche pas d'aller en cours.
Lucas, le meilleur ami je pense avoir eu, est apparu dans le décor de ma vie, y trouvant une place impossible, une place dans notre salle de cours qui n'est prévue que pour le nombre exact d'étudiants de ma promo. Comment y est-il arrivé ? Mystère. Il est pourtant là, pas en intrus, en étudiant régulièrement inscrit. Il est là entre Antoine et moi, Antoine plus intelligent que Lucas, plus drôle, si bon ami mais pas si beau. Trois, un nombre parfait, maintenant nous sommes trois, pour s'entraider, pour s'amuser en cours... Je repense en cela en quittant ma maison dans le matin blanc (le ciel est uniformément blanc et le gazon est givrée).
Lucas se tourne vers moi et le visage qu'il me présente est d'une beauté extraordinaire avec cette blancheur étincelante qui m'emplit de bien-être.
Je reprends mes esprits et lui demande ce qu'il fait là, s'il va pouvoir suivre en arrivant en cours d'année. Et puis... et puis je ne sais plus, j'ai mal à la tête, j'ai soif, je me désaltère à la fontaine dans le couloir de la fac. Le rêve va s'échapper, je le sens. Le temps joue contre moi et la fièvre n'arrange rien en m'affaiblissant.... Non, je me souviens, il était beau, magnifique, comme jamais, les traits de son visage m'apparaissaient très nettement, pas comme dans mes souvenirs.
Plus tard, en rentrant chez moi, c'est la nuit qui tombe. Elle ne fait que commencer à tomber, elle va mettre du temps. J'ai encore le temps de me rappeler le rêve. Le ciel au fond de l'horizon est rouge avec deux traînées de nuages noirs, le croissant de lune apparaît au dessus, comme une parenthèse qui se ferme.