Comme un autre
'"Attention, il est dur de la feuille", m'a-t-on prévenu.
J'entre dans la chambre du vieil homme. Une chambre un peu isolée au dernier étage... Mais si je dois lui parler fort, mes confidences risquent d'être entendues de toute la Maison. Il se lève de son lit pour me recevoir : "Bonsoir mon petit, cela me fait plaisir que tu me rendes visite." Ce n'est pas un de ces vieillards associaux qui repoussent les visiteurs à coup de cannes ou de jurons.
Au lieu de lui crier ce qui m'amène, je lui montre les photos que j'ai prises hier. Les photos sont celles d'X et moi, enlacés. Voilà, les mots sont inutiles, il y a "ça" qui existe, qui prend cette forme fixée sur quelques clichés, appelons ça amour, même si c'est bien plus que cela, et je ne sais pas pourquoi j'ai choisi d'en "parler" à lui. Peut-être que je ressens chez lui plus que de la bonhomie : de la bienveillance. Il ne dit pas grand chose, une bouillie de mots que je traduis par l'expression d'une indifférence. Je suppose que même lui a vu durant sa vie des images moins... enfin plus osées.
Nous regardons par la fenêtre la neige qui tombe. Je lui demande pourquoi il a préféré venir chez nous vivre dans cette petite chambre plutôt que de jouir du confort de la maison de retraite du Vatican. Il me répond : "Ah non, je voudrais pas côtoyer Ratzinger, quel ennuyeux celui-là !" Je suppose qu'il aime aussi notre discrétion : nous ne crions pas sur tous les toits que nous hébergeons un ancien pape !