La vie à deux
Comme le dit le proverbe chinois ou africain : il faut embrasser beaucoup de crapauds avant de tomber sur un prince charmant. J'ai horreur des crapauds. Je ne suis jamais tombé sur le prince charmant. Mais je me souviens d'un garçon très charmant (trop peut-être). Il cherchait quelqu'un pour parcourir l'Asie avec lui, il avait mis une annonce sur internet, j'y ai répondu et quelques semaines plus tard, nous sommes partis ensemble.
En Russie, nous avons fait de l'auto-stop. Il ne faut pas faire de l'auto-stop en Russie. Quand une vieille Volvo s'arrête sur le bas-côté avec quatre mecs à l'intérieur, il faut baisser fissa les pouces et détaler. Une gentille mamouchka peut tout aussi bien être une chef de bande. Donc, il ne faut pas faire de l'auto-stop en Russie.
Au Japon, nous sommes allés au cinéma. Les Japonais ne comprennent pas l'humour occidental ; dans une salle qui projette une comédie américaine, pas un rire ; mais comédie japonaise, hollywoodienne ou européenne, les Japonais ne rient pas au cinéma de toute façon, question d'éducation. J'amuse mon compagnon de voyage en "apprenant" aux Japonais à rire aussi peu naturellement que cette chanteuse interviewée dans un journal télévisé, façon de rire que les Japonais qui m'imitent prennent pour la façon de rire la plus normale en occident.
Notre voyage était plein de moments comme ça fort en émotions et amusements divers, mais il fallait bien revenir en France et reprendre une vie normale... enfin pas tout à fait "normale" puisque c'était maintenant une vie "commune". Au cours du voyage, nous nous étions sentis attirés l'un par l'autre. Mais sans profiter des (modestes) chambres d'hôtels. A notre retour, nous sautions les étapes pour nous installer ensemble. Notre vie commune ressemblait au début à celle des vieux couples qui ne font plus ou peu l'amour, qui se couchent après avoir regardé la télé et s'endorment aussitôt (souvent l'un va se coucher avant l'autre). Avec cette affreuse expression : "le devoir conjugal", souvent du samedi soir. La femme ou l'homme qui réclame son dû, l'autre qui accepte bon gré mal gré...
Chez nous, les torts étaient-ils partagés ? Nous étions deux amoureux débutants, tout juste sortis de l'adolescence... Mais tout de même, il était plus empoté que moi et peu porté sur la chose. Trop charmant je disais... Et un mordu de jeux vidéos. Mais lui comme moi étions tout de même trop jeunes pour cette forme d'amour chaste ; nous avons joué un peu ce jeu du vieux couple, puis un soir, nous avons oublié la télé, la console de jeux, les réseaux sociaux, pour profiter du lit king-size et les possibilités de nos corps...
J'aimais bien. Pourquoi ne suis-je pas resté avec lui plus longtemps ? C'était une erreur de chercher mieux ?