Je me souviens d'un premier baiser. C'était un matin, en classe de mathématiques, en cinquième. A la suite d'une dispute avec ma voisine de table au précédent cours, la professeure (une peau de vache) me plaça à côté de Cyril qui, ce jour-là, pour une raison ou pour une autre, se trouvait avoir personne à sa droite. Nous étions lui et moi dans la même classe depuis la sixième mais nous ne nous parlions presque jamais. Ce garçon qui compensait sa taille plus petite que la moyenne par une personnalité extravertie était mon opposé moi le garçon pas du tout complexé mais pourtant très réservé. Il ne fallut pourtant que quelques minutes pour que nous nous sentîmes à l'aise l'un à côté de l'autre. Cyril me fit vite rire avec des dessins qu'il faisait sur son cahier d'exercices.

A partir d'un certain moment, je lâchais complètement le cours du cours, la prof, une peau de vache, pouvait bien nous lancer des regards tueurs, l'heure était à l'amitié naissante entre Cyril et moi.

Une heure et la sonnerie, la récré du matin. La prof pressée d'aller boire un café avec ses collègues et les élèves pressés de sortie tout court quittèrent la salle ; Cyril, alors que je rangeais mes affaires dans mon sac, me retint. Une fois la classe vide, il m'entraînait de l'autre côté de la pièce, du côté des fenêtres, derrière un des rideaux... Pour m'embrasser sur la bouche ! Après le court baiser (un simple bécot les lèvres fermées), je restais bouche bée.

Personne ne m'avait jamais embrassé sur la bouche, pas même ma mère. A 12 ans, mon premier baiser me venait d'un garçon, un camarade de classe qui, l'heure d'avant, semblait passer à côté de moi sans me voir. Coup de tête soudain ou désir plus ou moins ancien. Je ne le sus jamais. Après ce cours de maths, nous redevînmes le "si peu" que nous étions l'heure d'avant. Une autre place me fut attribuée en maths et dans la salle où il m'avait embrassé ou ailleurs, Cyril, sans me fuir cependant, fit comme s'il ne s'était rien passé entre lui et moi.

rideaux de la classe