Chez Lucas
Dans mes rêves, mon désir pour mon ancien ami Lucas grandit. Mes rêves le subliment de plus en plus ; l'image réelle de Lucas déjà déformée par la mémoire diverge de plus en plus de la réalité.
Dans mes rêves, j'ai obtenu que de petites choses, qui m'ont bouleversé étrangement : je ne fais que le retrouver, le frôler, il ne m'accorde qu'un baiser... sur la joue, au mieux, mais ce qui me plait justement est la pureté de ces rêves, rêves sans bruit, sans cris, baignés souvent d'une lumière blanche...
C'est en me perdant que j'ai retrouvé Lucas : je cherchais à travers la campagne une adresse que je ne trouvais pas. J'atterris dans un lotissement, un comme tant d'autres : des maisons toutes pareilles alignées avec des jardinets proprets entourées de haies.
C'est sur la terrasse d'une des maisons que je trouve Lucas, dans un transat.
Je ne suis pas surpris de le trouver là. Je ne suis jamais allé chez lui mais je savais qu'il habitait dans le coin.
J'entre dans le jardin en poussant la petite grille dans la haie. Je traverse la pelouse, j'arrive à lui, je lui souris, je fais comme si mon arrivée n'avait rien d'étonnant.
D'ailleurs, elle ne l'étonne pas. Comme si les années ne comptaient pas. Comme s'il m'attendait.
Je sens en moi comme en lui le désir à l'état pur, brut, le désir nu. L'envie est à son maximum... Nul besoin de mots, les regards parlent.... Une voix interrompt l'échange muet.
C'est le voisin de Lucas qui appelle mon ami de l'autre côté de la haie séparant leurs deux propriétes. Lucas se lève et rejoint son voisin devant la haie.
Je suis debout comme un con sur la terrasse avec ma putain d'excitation tandis que Lucas et son voisin discutent et discutent, de je ne sais quoi, leurs voix bourdonnent dans mes oreilles, ma colère monte, colère mêlée de jalousie...
Je sais qu'il ne faut pas lâcher la chance quand elle se présente. Trop souvent j'ai laissé Lucas filer... Cette fois doit être la bonne. Je le veux !
Je lui crie de revenir, il rapplique.
Nous nous retrouvons l'un face à l'autre et l'un de nous, je ne sais plus qui, dit :
"Je veux faire l'amour avec toi ?
- Maintenant ? feint de s'étonner l'autre
- Oui"
Nous nous enlaçons avec force. J'enlève son tee-shirt... Puis, il me prend par la main et me conduit jusqu'à sa chambre.
Tandis que sur le lit, il me baisse ma braguette, j'entends des voix venir de la pièce d'à côté. Nous ne sommes pas seuls dans la maison. Tant pis. L'envie est trop forte, elle nous pousse à continuer, à aller jusqu'au bout.
Le bout, mon bout, qu'il prend en bouche. Il a de l'expérience, ça se sent.
Acrobate, s'appuyant sur ses mains, il monte par dessus mon corps allongé, ses jambes restent un instant en l'air avec entre elles le vit en érection.... Descendant doucement les jambes, il me permet de fermer le cercle avec ma bouche.
Tandis qu'il met les bouchées doubles, j'y vais doucement, je reste sur le gland, là où c'est chaud et humide, où je trouve le plaisir. Plaisir immense parce que c'est Lucas.
La suite est moins douce. Nous nous sommes déplacés dans le garage. Nous sommes interrompus par des gens qui arrivent chez Lucas, qui frappent à la porte du garage.
Mais, malgré tout, c'est fait, nous l'avons fait. Ou plutôt je nous l'ai fait faire. J'ai eu Lucas. Pour solde de tout compte ? Après ce rêve, Lucas n'apparaît plus dans mes nuits, ou pour rien, vraiment rien, personnage anodin qui ne fait que passer, ombre dans la nuit.
Le désir est mort parce qu'il se réduisait au désir d'avoir Lucas. Une fois pour toutes. C'est fait. C'est fini.