Il était une fois un garçon qui n'était plus un enfant depuis longtemps mais qui vivait encore chez ses parents... Sa mère venait d'abandonner le nid familial, sur un coup de colère, et il se retrouvait seul avec son père. La nuit commençait à tomber.

Devant la maison, le garçon leva les yeux au ciel et vit le traversant de grands oiseaux qu'il prit sur le coup pour des vautours. Mais ce n'était pas des vautours. Les oiseaux décrivaient dans le ciel une suite de cercles qui les faisaient se rapprocher de plus en plus du sol, donc du garçon, et lui permettaient de s'apercevoir de plus en plus de la vraie nature des oiseaux. Quand la dizaine de ces oiseaux vinrent se poser, s'aligner sur le mur de la cour en face (à une dizaine de mètres), le garçon se sentit glacé d'effroi et son père, alerté par le bruit des ailes des oiseaux se posant, ne résista pas non plus à cette peur naturelle envers ce qui est étrange. Qu'était-ce donc ? Des hommes-oiseaux ? (Et des femmes-oiseaux aussi ?) Ces êtres étranges se tenaient debout sur le mur avec leurs corps totalement humains mis à part les grandes ailes de rapaces qui se rétractaient dans leur dos. Nus, les cheveux longs et noirs, minces de corps et de visage, sales. Le garçon se demandait si leurs intentions étaient pacifiques ou agressives et cherchait à les deviner dans l'expression de leurs visages. En vain. Car leurs expressions étaient indéchiffrables. On sut par la suite qu'ils appartenaient à une autre espèce, ils descendaient de grands oiseaux dont le corps s'était transformé en un corps semblable à celui des humains (et non l'inverse).

Le ciel se couvrait de nuages, une pluie s'annonçait : ces êtres malingres dont seuls les ailes étaient effrayantes cherchaient-ils un abri pour la nuit ? Le garçon surmonta sa peur et leva sa main droite ouverte au niveau de sa tête et l'agita de droite à gauche. Les hommes-oiseaux comprirent qu'il les saluait bien qu'ils ne connaissaient pas cette façon de saluer et ils firent en retour de leur côté quelques signes incompréhensibles pour le garçon mais qui, ne semblant exprimer aucune velléité agressive mais au contraire semblant amicaux, finirent de détendre le garçon. Il se tourna vers son père. Celui-ci n'aimait pas les intrus qu'ils fussent hommes-animaux ou hommes tout court. Rechignant à se montrer hospitalier, il leur concéda bon gré mal gré, avec un reste de peur non dissipée, le préau de la cour pour la nuit alors que la pluie commençait à tomber. Dans un sursaut d'humanité, il se ravisa et leur ouvrit la porte de l'école du village dont il était le concierge. Les hommes-oiseaux y entrèrent et, entre les pupitres des classes, trouvèrent chacun une place pour se coucher.

Les hommes (et femmes) oiseaux ne partirent pas le lendemain ni le surlendemain et s'intégrèrent même à la vie du village. Le garçon se lia avec un homme-oiseau. En tout cas, il se retrouva un jour pris par derrière par cet homme-oiseau en place publique ! Le garçon crachait par la bouche à chaque coup de rein de l'homme oiseau une sorte de balle toute blanche (de la taille d'une balle de golf) ; bien que l'analogie avec un oeuf était évidente, le garçon n'y pensait pas, comme il ne comptait pas le nombre de balles qui tombaient au sol devant lui... Ce nombre pourtant était l'objet de la compétition entre les différents couples inter-raciaux de concurrents réunis sur une estrade au milieu de la place du village. Le garçon pensait : les balles sortent si facilement qu'il ne les sent pas passer ; ce qu'il sent, et c'est du plaisir, c'est le sexe de l'homme-oiseau... Les balles qu'il lui fit éjecter furent nombreuses mais moins que celles des autres couples. Ils avaient perdu, selon ce critère numérique.

Après le concours, le maire fit un discours. Ce qu'il dit sur l'estrade derrière un pupitre était si réfléchi politiquement que les hommes-oiseaux, bien qu'ils comprenaient notre langue, ne comprirent pas la déclaration du maire : ils n'étaient pas habitué à opiner du chef bêtement en entendant une suite de lapalissades et autres propos oiseux se voulant intelligents et persuasifs. Les hommes-oiseaux étaient dotés d'une intelligence très supérieure et écoutaient avec ébahissement les propos dénués de sens profond. Une jeune demoiselle oiselle en particulier était attérée par la vacuité du discours dont elle ne pouvait concevoir que le maire n'en avait pas conscience. Il était clair qu'il se moquait du monde ! Elle traversa la foule et monta en tribune lorsque le maire l'eut quitté. El elle démontra sans véhémence que tout ce que le maire avait dit n'était que billevesées.

Le garçon ne l'écouta pas jusqu'au bout, son attention fut détournée par des enfants qui jouaient entre les arbres de la place. Il y avait des rires jusqu'à ce que l'un d'eux dise : "Les vacances sont finies, demain, c'est l'école". Cela signifiait que les hommes-oiseaux allaient devoir d'en aller de l'école et peut-être s'en aller tout court.