Marcher dans la ville... se laisser dépasser par les gens pressés... Un boulevard à traverser et je prendrais l'avenue à gauche, direction la fac. Le feu piéton est rouge ; le groupe de piétons - quelques garçons - s'arrête devant le passage clouté. Quand le petit bonhomme vert apparaît, je les suis, sans trop savoir pourquoi. Où vont-ils, ces garçons ? Vers ce qui plus une route qu'une rue, route en pente douce, virage à gauche au fond. Je ne sais plus à quoi mène cette route : quartier HLM, Z.I., hypermarché ? Je ne suis pas prêt de le savoir : dépassé par les autres piétons, j'avance difficilement, mes jambes sont toutes ankylosées, je me traîne pathétiquement à bout de forces jusqu'au trottoir gauche de la route bordée par un champ en friche.

Les citrouilles

Arrivé là, je comprends à travers les bribes de conversations des garçons qui passent devant moi que cet endroit a été choisi par une association pour organiser une journée de rencontres entre personnes de même sexe qui a pour titre "rencontres lointaines".

Dans le champ, je vois un gars s'approcher d'une grosse citrouille posée dans l'herbe. Non loin de là, deux garçons sont en train de faire connaissance autour d'une autre citrouille. Je comprends le principe de ces "rencontres lointaines" : chaque participant doit trouver une citrouille dans le coin et attendre d'être rejoint par un autre participant. Je n'ai qu'à traverser la route pour rencontrer ce type seul devant sa citrouille. Mais il ne ma plait pas. Je ne veux pas aller avec le premier venu... Si telle est la règle, cet événement ne m'intéresse pas, je préfère m'en aller. Encore faudrait-il que je le puisse ! Je ne peux plus avancer d'un pouce, je ne tiens même plus sur mes jambes, je finis par m'écrouler par terre.

Personne ne m'aide. Un garçon fluet s'approche de moi mais ne me tend pas une main secourable préférant me regarder me relever difficilement (mais sûrement) en m'aidant d'un poteau de signalisation planté au milieu du trottoir. Debout, je ne flanche plus, je m'approche du garçon (lui au moins s'est intéressé à mon cas), nous nous regardons dans les yeux... En contrebas du trottoir, il y a une citrouille, un mec se dirige vers elle... Non, elle est à nous ! J'embrasse le garçon, le serre dans mes bras, trois petits tours sur nous-même et nous sautons ensemble, sans nous décoller l'un à l'autre, saut qui devrait être une chute un mètre plus bas de nos corps mais nos deux corps descendent au ralenti, atterrissent doucement au pied de la citrouille, défiant la loi universelle de la gravitation.

C'est si beau que cela nous suffit. Durant cinq secondes, je l'ai fait voyager dans les airs, tout contre moi.

Avec un autre garçon, il y a peu, la même chose m'est arrivée, mais dans l'autre sens : enlacés par mon fort et tendre amour passager, je sentis que nous nous élevions, décollant du sol et "montant" d'un étage sans ascenseur, à travers le plafond. Magnifique.

Un baiser et je laisse disparaître mon passager. La nuit tombe d'un coup, comme en hiver, n'arrêtant pas les rencontres, tout au contraire. Dans les fourrés...