De l'amour
Lucas : les rêves se succèdent ; si certains rêves semblent être la suite d'autres rêves, il y a ceux où l'histoire entre lui et moi repart à zéro. J'oublie tout les moments intimes rêvés et je retrouve mon ami, le désir que j'ai pour lui et l'envie de l'aime, et qu'il m'aime.
Serait-ce possible ?
200?. Voilà, fin d'après-midi, tout le monde est parti, sauf Lucas, qui traîne toujours, qui se change dans la salle de bains à l'étage... Chez moi...
Une succession d'épisodes sans importance s'est déroulé jusqu'à cet instant où, dans la cuisine de cette maison perdue depuis des années, je lève les yeux au plafond me demandant si je dois rejoindre mon ami... Je n'ai pas fait de sport, je n'ai pas besoin de me changer mais il y a cette chance à saisir : Lucas chez moi, personne à part lui et moi.
J'ignore quelle sera à sa réaction si j'entre dans la salle de bain alors qu'il se déshabille... Mais je veux tenter le tout pour le tout, l'attirance est trop forte pour y résister...
En me dirigeant vers l'escalier, je prends de l'avance en enlevant t-shirt et chaussures. En poussant la porte battante de la cage d'escalier, je trouve Lucas en bas des marches (de cet vieil escalier qui fut remplacé trois ans avant notre départ de la maison). Il baisse les yeux, comme s'il se sentait coupable de quelque chose. D'avoir eu la même idée que moi, d'être descendu me rejoindre pour.. ? Il me fuit en remontant la première volée de marches. Je m'approche doucement de lui. Il dit d'un ton apeuré : "non, ce n'est pas possible, je ne veux pas !" A moitié désapé, mes intentions sont claires ; ces mots aussi : il ne veut pas que je le touche... J'ai l'impression de lui faire horreur...
Il fuit davantage en se repliant dans la salle de bain. Je le suis.
"Désolé, je ne voulais pas te... te...
- Il ne faut pas. Je ne peux pas.
- Ok, je comprends.
- Non, tu ne comprends pas."
Il lève enfin les yeux sur moi : "tu ne sais pas tout sur moi. Tu ne peux pas m'aimer, tu le saurais si tu savais que je suis obèse !" Je retiens un rire... Il ne plaisante pas, il est plus grave que jamais. Pourtant, il n'est pas obèse ! Il est gracile, pas du tout grassouillet ! Je le déshabille du regard pour m'en assurer et ce faisant, le voilà nu tout comme moi, dans la baignoire à moitié pleine.
"Je suis obèse même si je ne suis pas aussi gros qu'avant (je le connais depuis peu de temps, c'est peut-être vrai). J'ai perdu du poids mais je peux le regagner... Tu ne peux pas m'aimer. Personne n'aime les obèses, personne ne m'aime.
- Moi, je t'aime.
- Tu ne devrais pas, je ne suis pas celui qu'il te faut. J'ai aucune vie sociale en plus.
- Mais moi aussi j'en ai aucune !"
Yeux dans les yeux. Il sent que je suis sincère. Et comme je n'avais pas tout faux sur lui, qu'il est bel et bien attiré par les garçons aussi, il répond à ma déclaration par un baiser.
Maladroit, il rate ma bouche, son nez cognant contre le mien ; têtes penchant, les lèvres se touchent, lèvres mouillées, langues mélangées délicatement, bouches ventouses, si fort, si bon baiser...
La porte s'ouvre toute seule, m'oblige à l'interrompre. Mon frère est rentré, il n'est pas question qu'il nous dérange, qu'il nous voit même. Je bloque la porte avec la séchoir à linge, un balai, une chaise... Je me sens l'âme d'un insurgé tenant la barricade jusqu'à la mort. Lucas et moi, moi et Lucas, enfin.
Retournant près de lui, le décor sans que nous nous en rendons compte change, nous voilà dehors, habillés, dans la rue, devant un terrain de football où jouent quelques jeunes. Je prends la main de Lucas et l'emmène vers un endroit plus discret.
Nous déambulons dans la ville par les petites rues de la vieille ville dans notre bulle increvable, jusqu'à une ruelle assez sombre près de la place du marché, de la maison de la presse. Comme la faim de baisers est insatiable, quelque soit les sexes, le temps, l'âge, l'avis du pape, des mères ou des psys, les passants qui ne sont que des passants, nous nous embrassons de nouveau, french kiss qui me remplit d'extase. Parce que c'est moi, avide d'amour, cet amour-là magnifique et tragique à la fois ; parce que c'est lui, laid, rien du tout pour tous sauf pour moi qui aime sa mélancolie, sa tendresse, la douceur de sa peau, son parfum naturel, odeur de son corps serré contre le mien, goût de sa bouche... 10 secondes pour être encore plus fou de lui, raide dingue de chez dingue.
Après, nous faisons quelques pas. Mon frère passe dans la rue sans nous voir, rasant les murs avec sa tête des mauvais jours. "Il est toujours un peu grognon celui-là." J'allais dire "comme toi" mais je me retiens.
Je demande à Lucas : "Alors t'aimes les garçons ?
- Ben oui.
- Tu me crois si je te dis que je n'ai jamais pu savoir la réponse à cette question ? ("malgré ton côté efféminé" pourrais-je rajouter)
- Non, je ne te crois pas.
- Pourtant, c'est vrai (je pourrais lui faire lire tout ce que j'ai écrit sur lui où je me demandais quelle était sa préférence amoureuse tout comme la mienne).
- Moi non plus, je ne savais pas pour toi."
Pour moi, c'est différent, "ça" ne se voit pas... n'est-ce pas ?
A côté de nous, passe un groupe de personnes qui avec des ballons de baudruche de toutes les couleurs donne à la rue un air de fête qui s'accorde bien avec notre humeur amoureuse. J'aime ces longues fin d'après-midi propices à ce genre de balade.
Lucas ajoute : "tu sais, je t'aime depuis longtemps".
Stop. Réveil. La goutte d'eau qui fait déborder le vase. Qu'il m'aime quel bonheur ; qu'il m'est toujours aimé, depuis le lycée, c'est trop pour moi.
9 heures, dimanche. Impossible de me rendormir après un tel rêve.
Il fait beau dehors.
Il fut long le chemin, les mirages nombreux avant que l'on se trouve. Ce n'est pas le hasard, c'est notre rendez-vous, pas de coïncidences...
Lorsque j'ai entendu cette chanson d'Etienne Daho lors d'une diffusion de son concert à la Salle Pleyel en 2008, j'ai senti dans la voix du chanteur, la musique et les paroles que c'était là la BO idéale de ce rêve.