"Quelqu'un a inventé ce jeu terrible, cruel, captivant"... Une grille de 81 cases (9 x 9) à compléter avec des chiffres de 1 à 9, chaque chiffre utilisable une seule fois dans chaque colonne, chaque ligne, et chaque carré de 9 cases.... Débutant, je ne choisis pourtant pas le niveau facile. Le départ est difficile ; la suite ne l'est pas moins. Une petite erreur est fatale, elle entraîne une succession d'erreurs. A coup de ratures, c'est souvent rattrapable. Mais il arrive qu'il soit impossible de revenir en arrière. Impossible de placer un chiffre sans en déplacer un autre impossible à placer ailleurs. A quel moment tout a déconné ?

Je ne sais plus qui a dit : "ne considère pas ton dos comme une cible mais comme un bouclier". Dans mon dos, je sens des présences. Dans mon dos, j'entends des chuchotements alors que je m'approche en cette fin d'après-midi de ma maison : "petite banque", "braquer", "facile"... Les hommes que j'ai croisés tout à l'heure m'ont suivi. La "petite banque", c'est chez moi. Le reste me fait presser le pas et sauter le muret du jardin... Mais les hommes me rattrapent avant que je n'ouvre la porte d'entrée.

Ils n'ont pas d'armes. Mais chacun séparément est déjà plus fort que moi. Alors à deux.... Sans me lâcher, ils cognent à la porte. Mon père apparaît derrière les carreaux colorés. Je préviens : "Il n'ouvrira pas, il a compris, il va appeler la police". J'ai du courage quant il faut... en apparence car, dans mon pantalon, c'est autre chose : je ne contrôle pas une fuite d'urine qui mouille visiblement mon jean.

A l'intérieur de la maison, mon père déclenche l'alarme ; les braqueurs poltrons prennent leurs jambes à leur cou, mais je n'ai pas le temps de souffler. Jan me tombe dessus d'un coup d'un seul contre la porte toujours close.

Jan travaille avec moi. Jan est aussi avec moi (?)

Là, Jan est en tout cas contre moi et, avec une violente douceur, il m'enlace puis, avec une savante grâce, m'embrasse rapidement sur la bouche. Puis dit : "Il fallait que je te voie", puis me ré-embrasse un peu plus longtemps : deux trois secondes.

C'est magnifique... mais,coincé dans le renfoncement de la porte, je sens encore le choc de l'agression toute chaude et, avec gêne, l'humidité de mon pantalon serré, qui reçoit en plus un liquide différent à la suite d'un léger frottement à l'entrejambe, léger mais le passage de la brutalité au sublime si brusque, c'est trop pour moi... Pour m'achever en beauté, Jan me dit câlinement : "J'ai envie que tu viennes vivre avec moi... Allez viens à M... On partagera le loyer..."

Mon avenir dans l'entreprise où nous travaillons étant incertain, je ne me suis pas rapproché de M... Je n'aime pas faire la route tous les jours mais je ne peux pas faire autrement... sauf si je m'installe avec Jan... et advienne que pourra (professionnellement). C'est OK.

Chaque fois qu'il me dit je t'aime ou qu'il m'embrasse, c'est pour moi un coup dans l'abdomen.
M'habituant à sa douceur, peut-être me calmerai-je, et connaîtrai-je, nos vies partagées, la mesure et la patience ?

Chez lui, jusqu'alors je sentais une résistance, une distance sensible entre nos yeux... Mais là, est-ce donc ce qu'on appelle l'amour, cette osmose vers laquelle on s'approche à coup de baisers ? Encore un (baiser) et je redescends sur terre. Dans quel état suis-je ? J'écarte gentiment Jan pour prendre le tuyau d'arrosage près de la porte et m'asperger le pantalon et le tee-shirt. Effacer les traces avant l'arrivée de la police.

Jan s'en va mais quelques heures et je lui murmure à l'oreille sous les yeux indifférents de nos collègues quelques réflexions professionnelles qui ont le goût de mots doux d'alcôve.