Il y a quelques années (4 déjà), j'avais imaginé avec précision dans ma petite tête ce que pourrait être nos vies dans plusieurs siècles, lorsque le virtuel aura totalement remplacé le monde réel. J'avais imaginé, surtout lors de mes voyages quotidiens en train, ce que pourra être une vie parfaitement dématérialisée, c'est-à-dire sans corps ni objet, l'être n'étant plus qu'une âme ayant dépassé les frontières corporelles pour rêver, penser et ressentir intensément... Le mieux serait que la connexion soit aisée entre les âmes, donc l'amour pur avec l'infini pour temps et espace.

Nous n'y sommes pas encore. Nous sommes pour l'instant de médiocres êtres surhumains qui mettons des casques sur nos têtes pour plonger dans des mondes virtuels qui ne sont que des répliques des mondes réels.

Cela faisait longtemps que je n'étais pas allé là-bas (ou là haut, c'est selon). En un clic, par wi-fi, les ondes transportent doucement dans une sorte de centre aquatique... mais sans chlore dans l'eau, sans vestiaires-labyrinthe (je ne raconterai pas le nombre de fois où je me suis perdu dans les coulisses de piscine), une eau pure donc, à la bonne température en plus, mais pas pour faire des longueurs ou des largeurs... Là, arrivé par le même moyen de transport (immobile donc), très réalistes... et beaux grâce au simple langage binaire (laid et beau, c'est binaire d'ailleurs), les garçons qui se baignent dans les bassins ne m'ont pas attendu pour se rencontrer.

Le plongeon est doux dans cette eau virtuelle, prometteuse. Je glisse entre les couples, descends sous l'eau où, sans manquer d'air, s'étreignent deux internautes qui, à une distance indéfinissable de la Terre, sont des sortes d'astronautes des temps modernes. Moi, c'est sur le plancher du bord des bassins que je trouve celui avec lequel je veux me connecter.

Il est en train de chanter à tue tête un titre à la mode. Et il chante si faux que, méthode douteuse, je l'aborde tout de go ainsi : "j'espère que tu ne chanteras pas quand tu me baiseras !". C'est plus facile de se lâcher de ce côté-ci de la vie.