Grandes marées
Vendredi.
Au travail, pause.
Me dit à 10 heures ma nouvelle collègue (enfin, c'est plutôt moi le nouveau).
Je la suis jusqu'aux toilettes. Elle entre côté femmes. Côté hommes, la porte est grande ouverte.
Autour de deux longs lavabos face à face (comme dans un internat), on (hommes, mâles, garçons) s'amuse avec l'eau.
Je sais que c'est dangereux mais je suis attiré... A peine ai-je mis un pied dans ses toilettes, tout va très vite. Un garçon s'écarte, un autre immense apparaît. Immensément beau. Les gouttes n'atteignent pas, ne mouillent pas son visage droit (un brin tragique) et ses cheveux longs bruns. En un échange de regards, serait-il possible de savoir si... Je m'approche près de lui à pas chassés contre le lavabo... et arrivé à sa hauteur (son immensité), je sens que le mâle magnifique bande... Si ce n'est pour moi, pour l'ambiance. J'accueille alors sans déplaisir l'eau que lance sur moi des garçons en face qui ne voient pas le membre joyeux toujours derrière moi puisque - gourmand - je n'ai pas bougé... Et Lui non plus. Il continue à bander pour moi, j'ose croire.
Samedi (peut-être pas le lendemain, peut-être un an plus tard).
Par un hasard fulgurant, je le rencontre sur le quai.
La grande marée a gonflé à ras-bord la rivière. C'est la mer qui remonte jusqu'ici, jusqu'à mes yeux au bord de l'eau.
Il n'est pas seul mais il vient seul vers moi. (Il a les cheveux plus courts, mais il est aussi beau.)
C'est l'eau qui l'attire vers moi, contre le parapet. C'est l'eau, bien sûr, l'élément qui revient le plus souvent dans mes rêves.
Ne dit-on pas vivre d'amour et d'eau fraîche. Viens qu'on plonge.