brest ville fantome

Tanguy m'a donné rendez-vous chez lui à 13h30 aujourd'hui. Chez lui, je ne connaissais pas, il m'a donné l'adresse, je connaissais vaguement, "tu connais ?", m'a-t-il demandé, j'ai répondu "oui", en prévoyant de regarder sur google maps. Ce que je n'avais pas prévu, c'était une opération de déminage organisée ce jour-là dans une zone de la ville où se situe le quartier de Tanguy. De temps à temps, lors de travaux, une bombe de la seconde guerre est découverte, et pour procéder à son extraction, il faut évacuer les habitants des rues avoisinantes. Tanguy était-il au courant ? Après avoir appris la nouvelle l'avant-veille, je l'ai appelé. Il me dit : "Ouais, il y a ce truc, j'avais oublié. Mais viens quand même, en passant discrètement, ça ira." Plus facile à dire qu'à faire : quand il n'y a pas un chat dans la rue, il est difficile de passer ni vu ni connu avec les flics qui font des patrouilles dans le secteur. J'arrive pourtant sans m'être fait choper jusqu'à chez Tanguy. Un petit immeuble récent, troisième étage, porte gauche. Tanguy m'ouvre vêtu d'un t-shirt et d'un short... ou caleçon. Claquement de bises. "Je ne suis pas encore prêt, mais fais comme chez toi, allume la télé si tu veux, ou mon ordinateur". Quand il se retourne en me laissant comme ça dans le couloir d'entrée, je vois sur le haut de son dos découvert par le col relâché de son tee-shirt jaune les marques de coup de soleil, sa peau rougie pèle. On a oublié de mettre sa crème solaire le week-end dernier en allant au soleil qui tapait déjà fort en ce début de mois de juin.

Dans le petit salon du petit appartement, je tourne en rond. Il m'a laissé entré chez lui, il m'a dit de faire ce que je voulais, et pendant de longues minutes, je peux faire ce que veux... S'il m'adorait, il ne pourrait pas se passer de moi.

En touchant du bout des doigts la souris de son ordinateur portable, l'écran s'allume. L'ordinateur est verrouillé, il faut un mot de passe. Tanguy passe alors son nez dans le salon et me donne son mot de passe. Cette marque de confiance me fait oublier mes précédentes impressions.

En sortant de chez lui, nous avons couru jusqu'à la "zone libre" en rasant les murs pour ne pas être repéré. Amusant, excitant.

Nous sommes allés voir Maps to the stars au cinéma, dernier film de David Cronenberg. En fait, il n'y avait rien d'autre d'attirant. Le film est assez intriguant avec des personnages assez barrés, du coup, Tanguy et moi ne lâchons lâché l'écran. A part nous, il n'y a que deux personnes dans la salle.

Après le film, devant le multiplex, Tanguy allume une clope. Je ne savais pas qu'il fumait. Je ne savais pas aussi ce que pouvait provoquer en moi le plus petit geste de sa part, comme celui qu'il s'apprête à faire. Tanguy retire la cigarette de sa bouche et la met dans la mienne.

La terre tremble à Los Angeles. L'air est si chaud. Je commande un coca à un bar ouvert sur la rue. Une seconde, le temps vie s'arrête : le barman me sourit... Le temps ne reprend pas son cours : que s'est-il passé ? J'ai fait un bond en avant dans le temps, la bande a sauté, et s'est coincé dans l'appareil. Il faut la remettre en place sans l'abîmer et rembobiner pour revenir au moment précis où Tanguy me passe sa cigarette. Je dois pouvoir réussir à changer le cours des événements... Mais j'ai bien peur de commettre à nouveau les mêmes erreurs.

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