Paul F., le philosophe, est un ami. Il vient faire une conférence à la fac de lettres. Je le raccompagne à la gare. Voilà pour la situation initiale.

Fringuant quinqua (limite sexa), Paul, le manteau ouvert sur une chemise blanche, est accompagné de sa femme - BCBG - et d'un jeune assistant . Nous descendons sur le trottoir gauche cette avenue qui relie la fac à la gare. Je marche à côté de la femme de Paul qui, lui, chef de file, marche devant, devant son assistant qui le talonne tout de même. Il fait froid, nous remontons les cols de nos manteaux.

Alors que nous approchons de la gare routière qui se trouve devant la gare routière, Paul s'arrête tout à coup, se retourne, et dans le même mouvement, embrasse son assistant. Sur la bouche !

Paul retire vite ses lèvres et dit au grand garçon brun : "Tu ne réfléchis pas assez vite." Une phrase qui fait réfléchir le garçon remis de la surprise du baiser. Réfléchir, penser activement, réagir ou proagir, anticiper la réaction de l'autre. Paul s'attendait au moins à ce qu'il ait des réflexes assez rapides pour détourner la tête avant qu'il ne l'embrasse en pleine rue.

Comme si de rien n'était, nous reprenons notre chemin. La femme de Paul me glisse tout de même cette remarque : "elle ferait n'importe quoi pour se faire remarquer". Elle a bien dit "elle" pour parler de son mari.

Dans le hall de la gare où nous sommes arrivés, alors que sa femme est partie prendre des billets et que son assistant se dirige vers le kiosque à journaux, je parle à Paul de ce qui s'est passé :
"Pardon d'être indiscret mais ce garçon est votre amant ?
- Oui.
- Mais votre femme ne dit rien ?
- Elle s'y est fait.
- Tout à l'heure, elle m'a parlé de vous au féminin...
- Ma femme est très... très pince-sans-rire."

Nous changeons de sujet et il en vient à me donner un conseil : "J'ai remarqué que vous étiez un garçon assez stressé, stressé par les choses de ce monde. C'est un mal de notre époque. Vous vous intéressez à tous les problèmes du monde, la situation au proche-orient, l'islamisme, la crise économique ou la dette de la France... Ca va peut être vous paraître étrange dans ma bouche mais vous devriez prendre de la distance par rapport aux problèmes du monde, laisser faire ceux qui nous gouvernement, ils sont payés pour ça, pour que nous ne soyions tranquilles." Au fond, il n'a pas tort.

Avec sa femme et son assistant-amant, il prend le TGV pour Paris-Montparnasse (arrivée prévue à 18 h 17).

  • Lien permanent : Le philosophe : baiser volé : http://en-revant.blogspot.com/2009/01/le-philosophe-baiser-vole_28.html
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