Les petites choses
Encore des frites, toujours des frites au self du restaurant universitaire. Ils charrient, je voulais du riz. Oh chic des cheese-burgers. Bon, alors, je prends des frites et un cheese. Je tends à l'entrée de la salle du RU mon ticket à l'employée. Je pose mon plateau sur la première table qui est libre à gauche. Je préfère le côté gauche. Je préfère manger seul. Parce que je n'aime pas parler en mangeant et que le silence me gêne quand je suis avec un pote.
Avec une carafe, alors que j'entamais à pleines dents mon burger, il passe devant ma table. Lucas ! Quel heureux hasard ! Avec ma bouche pleine, je ne peux le héler. Heureusement, avant de se perdre dans la masse des déjeuneurs (on dit bien dineurs), il se retourne et me voit. Tiens, je suis là ? Revenant vers moi, Lucas me désigne sa table et me dit : "rejoins-moi, on va manger ensemble." Et il s'en va vers sa place à droite sans m'attendre.
Je prends mes affaires et me rends avec mon plateau jusqu'à la table indiquée et n'y trouve personne. Est-ce bien sa table cette petite table ronde à côté d'une table de six places toutes occupées ? S'y trouve bien un plateau mais est-ce celui de Lucas ? Bon, je m'asseois en face, pour ne pas rester bêtement debout avec mon plateau. Sur celui de Lucas, seulement une assiette et un verre. Dans le verre, l'eau sans doute de la carafe à côté du plateau sur la table, la carafe que Lucas apportait à sa table lorsqu'on s'est rencontré. Lucas est donc passé par sa table mais où est-il maintenant ?
Dans l'assiette blanche, trois petits pois, deux haricots verts et quelques morceau de boeuf riquiqui. Je me dis : "Lucas a un appétit de moineau". L'expression lui convient bien avec son corps frêle. Je le vois déjà picorer dans son assiette avec des gestes délicats. Je sais qu'il ne sera pas très causant et c'est tant mieux. Avec lui, le silence est apaisant.
C'était bien sa place : Lucas revient s'assoir avec un gobelet à la main. Fumant le globelet. De l'eau chaude dedans, de l'eau pure et chaude ce qui m'apparaît comme incongru. Lucas m'explique : "c'est pour un thé." Il sort d'ailleurs de sa poche un sachet de thé. Mais où a-t-il trouvé cette eau chaude ? Un distributeur a été installé à côté de celui de ketchup, à côté du micro-ondes. Ah bon. Mais elle est bien chaude cette eau ? Parce que sinon le thé n'infuse pas bien... J'introduis un doigt dans le gobelet, dans l'eau... Ah oui, elle est bien chaude. Pas bouillante mais assez chaude pour un thé... Je vais prendre un thé aussi (je ré-utiliserai le sachet de Lucas). Pour obtenir un gobelet d'eau chaude, je dois payer cinquante centimes d'euro. Radin, je rechigne à payer. Lucas ne m'a pas précisé ce point.