Ouverture
Il y a d'abord ce sentiment de sérénité tout du long, ce qui n'est pas rien pour un grand inquiet comme moi. Le calme intérieur et extérieur. Si une musique est diffusée, elle est douce et à un volume très bas. Il ne s'agit pas d'être excité par une musique forte et rythmée ; il faut juste glisser l'un vers l'autre.
L'autre, un inconnu. Entre lui et moi, ce n'est pas le coup de foudre qui foudroie, c'est l'amour naturellement immédiat. Si je le connais ce garçon l'ayant rencontré plus tôt, cette soirée n'a qu'un but : le revoir.
Je l'aime, sans savoir pourquoi. Le visage pâle, il n'est pas laid mais n'est pas d'une beauté renversante ; il est un peu plus grand que moi, ce que j'aime, mais ce qui ne me suffirait pas pour l'aimer. Je l'aime, voilà tout.
Du côté gauche de la salle, nous approchons l'un de l'autre passant entre les personnes qui sont là. Je ne sais pas son nom, il ne sait pas le mien, mais nous nous adressons l'un à l'autre comme deux vieux amis. Il me pose une question, je l'ai oubliée, mais je me souviens que je lui explique que le groupe compact et agité qui se trouve dans le fond à droite est juste là pour boire. Ils ne nous embêteront pas. Il devait craindre le contraire. Pas moi. Ils sont juste des figurants en arrière-plan, des garçons que je connais, qui sont "inoffensifs". Ils vont vider les bouteilles sans faire d'éclats.
Il me glisse quelque chose à l'oreille. Mais même le son de sa voix s'est perdue dans la nuit. Ce que je lui dis, je m'en souviens bien par contre : "j'ai envie de ton cul".
Quelques pas et nous voilà au milieu de la pièce. Nous voulons que tout le monde nous voit avec la certitude, l'assurance qu'aucun regard nous jugera : notre couple banal ne vaut qu'un regard rapide. "Tiens X et Y ont l'air de se plaire."
C'est moi qui l'embrasse. J'y tiens.
C'est ma bouche qui vient à la sienne, qui, comme une fleur, s'ouvre, la langue comme un pistil.
Et comme dit la chanson fort à propos :
"Puisque tournent sa langue et la mienne
Et que tournent ma langue et la sienne
Chaque jour d'une longue, d'une longue semaine
L'aurais-je dans la peau ?"
Le premier baiser est toujours le meilleur. Avec mon amoureux de cette nuit, ce sera le dernier, je le sais au fond de moi, et il est doublement délicieux.
Voilà l'aboutissement des rêves d'une nuit. Ad augusta per augusta.
Si la vie était aussi simple. Aller l'un vers l'autre, la démarche légère, et le baiser simple et léger qui suffit...