Sang froid
Le garçon qui venait du froid
Un moment de grâce...
L'aurore est passée. Les rideaux bleu marine sont fermés mais la chambre baigne dans une lumière claire. La fin d'été est ici belle.
Il y a longtemps maintenant, je recevais en pleine nuit la visite inattendue d'un garçon dans ma chambre. Il était brun, il s'était glissé dans mon lit.
Ce matin, le visiteur est blond et s'assoit aussi au bord de mon lit.
Il apparaît devant mes yeux comme un ange tombé du ciel venu sauver mon âme. Du ciel, il ne vient pas, il vient d'un pays lointain où la lumière est si faible que par ses gènes sa peau est plus que très claire, elle est diaphane, et ses cheveux en bataille secs sont couleur paille. Sa beauté exotique me fait l'accueillir plus que ravi : enchanté.
Le froid dans son pays impose une nourriture grasse qui fait des garçons comme lui bien en chair vers la fin de l'adolescence.
Trop timoré, j'attends qu'il fasse un geste, qu'il prononce un mot pour oser toucher son corps parfait ou du moins ardemment désirable.
Ce qu'il me dit est pour le moins surprenant : "Je ne ressens pas les températures... Enfin je ressens le froid mais pas la chaleur. Je peux mettre ma main au-dessus d'une bougie sans rien sentir" Pourquoi me dit-il cela ? Est-ce un pouvoir ou une maladie à plaindre ?
Il ne sait pas ce que c'est d'avoir très chaud en période de canicule par exemple. Mais connaît-il cette chaleur intérieure qui du bas-ventre envahit le corps ? A-t-il au moins essayé de mettre lui-même le feu à son corps ?
Nous venons tous du froid de l'enfance impubère. Nous y revenons lorsque nous commençons à faire de vieux os, peau sur les os, prêts pour la mort. Au début et à la fin, seul le froid ou la peur fait frissonner. Entre le début et la fin, les meilleurs frissons sont ceux qui comme des éclairs transpercent le corps au moment du plaisir charnel. Il n'est pas possible qu'il ne puisse physiquement connaître cela, même avec sa maladie. Au dessus de 37°2, l'homme existe vraiment. Avant qu'il ne disparaisse, j'aimerais essayer de le faire éprouver le plaisir suprême ; j'observerais scientifiquement la réaction de son corps regard cherchant les rougeurs sur sa peau laiteuse, passant de son ventre à son cou. Et souffler sur les braises.
Avant qu'il ne disparaisse... Je ne suis pas assez rapide, car pas assez hardi. En promenant mon regard d'une cuisse à un bras, du ventre aux pieds, j'imagine des choses que je n'ai pas le temps de faire, il s'évapore avant...
Je l'ai regardé, je l'ai écouté, j'ai pensé à ceci et cela, en gardant mon sang-froid. Tant pis pour moi.