A l'origine, il était juste venu me demander un renseignement. Il recherchait une salle, il avait son numéro, il avait trouvé ce numéro mais pas dans le bon bâtiment. Il était nouveau. Je lui expliquais où il devait aller : "La lettre devant le numéro désigne le bâtiment..." Ce n'était pas de face que je lui disais cela mais sur le côté, presque dans le creux de l'oreille, avec une intimidité propre à créer de façon immédiate une intimité entre lui et moi. Des garçons qui nous regardaient pensèrent d'ailleurs que je lui glissais des amabilités pour le séduire. Ils connaissaient bien mon faible pour le sexe fort.

Après quelques messes basses l'un d'eux, sans vraie animosité, avertit le garçon : "Attention, il ne va pas te lâcher !" Et en effet, je ne le lâchais pas. Une nouvelle fois, ce n'était pas une attirance purement physique mais un lien plus fort car plus mystérieux. Avec cette incertitude qui doublait ma fébrilité : était-il apte à m'aimer ?

J'essayais d'attirer son attention sur des joueurs de basket qui passaient. Sans grand succès. Pas mal le noir pourtant.

Plus tard.

Nous rentrions chez moi au petit matin après un long voyage. Nous étions avec nos frères. Il ne s'était encore rien passé entre lui et moi. Nous tombions de fatigue. Nous allions sûrement dormir toute la journée. Pour faire de place à nos invités, mon lit avait été déplacé dans la salle de bains, ce qui était loin de me plaire, tout le monde passant dans la pièce pour faire sa toilette avant de se coucher. Après m'être regardé dans le miroir et m'être dit "Avec cette gueule, le séduire, rêve pas mec !", je recherchais et trouvais mon ami affalé sur le lit double de mes parents. Il dormait déjà. J'approchais à pas de loup, loup qui voudrait bien goûter la chair mais un loup civilisé qui ne croque pas sans accord. Comme un chat, je montais avec légèreté sur le lit et me couchais à ses côtés. Je glissais vite dans le sommeil avec la satisfaction de m'être approché de mon but.

pendant qu'il dort

Plus tard.

Un matin. Dans ma chambre. Lui et moi, nous nous réveillons dans le même lit. Nous sommes bel et bien ensemble. Un matin, une chambre, un lit pour deux. Nous n'avons pas trouvé mieux que l'amour. Le silence prend son temps. Nous nous parlons avec des regards. Si nous ne faisons pas de bruit, c'est aussi que notre amour est clandestin. Mais cela n'est rien. Il y aurait même un goût du secret. Notre amour n'appartient qu'à nous. Le mot complicité trouve tout son sens. Enfin c'est ce que je ressens. Et advienne que pourra.

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