Sous les combles
Le maire sort de sa voiture en rentrant sa chemise dans son pantalon. J'imagine qu'il vient de sortir de son lit, réveillé par un adjoint qui lui a appris ce qu'il venait de se passer. Rien de bien important, quoique dans cette ville où il ne se passe jamais rien, le moindre fait divers prend une ampleur considérable. Devant l'agence France Télécom, un grand enchevêtrement de fils arrachés aux poteaux électriques et téléphoniques avoisinants.
Ce serait une "action" de syndicalistes réputés modérés mais entraînés par un transfuge de l'UF (syndicat anarchiste-révolutionnaire).
En détournant le regard, je vois à l'horizon le jour se lever sur la campagne, vision magnifique d'une aube marquant le début d'un nouveau jour après une nuit re-tonifiante... Le sexe sans complexe, ça me déstresse...
Presque malgré moi, je sors du rang des badauds et m'avance vers le maire et son adjoint, comme si j'avais à dire quelque chose d'important à tout le monde... Arrivé entre les élus et les gens, je m'arrête et me fige... Je n'aime pas me faire remarquer, que suis-je en train de faire ? Est-ce vraiment moi ou un nouvel homme ?
Dans une pièce de théâtre, j'ai joué la veille un petit rôle presque de la figuration. Je ne suis pas sûr d'être fait pour monter sur les planches. Mes premiers pas sur ces dernières n'ont pas été très assurés. Le metteur en scène m'a trouvé sûrement bien godiche sur scène, cherchant ma place en pleine représentation. Mais pourquoi ne pourrais-je pas être comédien ? Les feux de la rampe ne sont pas réservés à je ne sais quelle caste...
Quand j'étais petit, après avoir monté une assez haute marché, j'entrais debout... Aujourd'hui, la marche est moins haute mais, pour pénétrer dans la petite pièce mansardée, il faut se courber en deux, glisser sur le plancher presque à quatre pattes pour ne pas se cogner la tête contre le chambranle de l'entrée ou les pièces de la charpente. Autrefois, c'était une petite salle de jeux à taille enfantine. Les jouets ont disparu ou sont, avec les affaires d'école, dans les cartons qui encombrent la pièce exiguë, et encore plus exiguë pour des jeux d'adulte. Il n'y a pas de porte mais, sans lumière, dans le coin loin de la lucarne (qui laisse passer la lumière du lampadaire de la rue), ce sera bien... Les espaces confinés (voiture, cagibi, toilettes...) ont quelque chose d'excitant...
Et nous sommes trois... ou quatre, si quatre jeunes hommes peuvent entrer... Quoiqu'il en soit, modération dans la luxure, je n'en possède qu'un, un garçon à la peau bistre (origine non définie). Même s'il n'y a jamais de hasard, je ne l'ai pas choisi. L'absence de romantisme est compensée par sa beauté et celle de notre union sous les combles.
Dans l'enchaînement des choses, une image me restera longtemps. C'est vers la fin. Derrière et en lui, je m'active. Je sens le plaisir final s'éloigner et risquer de devenir impossible à atteindre.
Ai-je été trop loin ?
Je décide de prendre les choses en main chez lui et, pour cela, je bascule sur le dos l'entraînant sur moi, mouvement réalisé sans mal malgré le manque de place et de lumières grâce à la souplesse du garçon digne d'un gymnaste. Alors que mes mains rejoignent son bas-ventre, je resserre mes hanches faisant remonter ses cuisses sur les miennes. Sa peau est si douce et douce à cet endroit plus que tout autre.
Le lendemain matin, je repasse dans ma tête ses secondes délicieuses (qui plus est dans un lieu cher à ma mémoire).
En salle informatique, je consulte mes mails. Un garçon de la veille me demande le nom du "mec que tu t'es tapé". La demande n'est bien sûr pas désintéressée. Mais si je ne lui réponds pas, ce n'est pas par sens de la jalousie. Je ne connais tout simplement pas le nom de ce garçon. Même pas le prénom.
Quand Tony s'approche de moi, je crois qu'il va me demander à son tour le nom de mon amant éphémère parce qu'il connaît le garçon qui m'interroge par mail, qu'il lui a peut-être parlé et que, sans certitude, je pense qu'il en est. Mais non, sa demande est toute autre. De façon confuse, il me dit que sa sœur vient de naître ou va naître, qu'il doit partir et que je dois m'occuper de son scooter. Pourquoi ne part-il pas avec son scooter ? Où et quand vais-je pouvoir le lui rendre ? Il ne me répond pas clairement, déboussolé par la naissance de sa petite sœur.
Sous des dehors balourds, c'est un garçon sensible. Il roule des mécaniques mais son cœur vibre facilement...
Vibre un peu, beaucoup pour moi ?
Ce qui m'étonne, c'est qu'il me demande à moi de conduire son scooter. Il ne m'a jamais vu sur un cyclo, même sur celui d'un autre. Les garçons qui aiment le cambouis, les têtes de delco et les pétarades, qu'ils soient propriétaires d'un 2 roues motorisé ou aimeraient l'être, se côtoient sur le parking du lycée. Tony les connaît tous et il sait que je ne suis pas l'un d'eux. Il aurait pu choisir un copain qui sait conduire un scooter mais il m'a choisi. Je n'ai pas mon BSR mais j'accepte de ramener son scooter chez moi parce que son choix est plus qu'une marque d'amitié, c'est une marque d'affection déguisée que je ne peux repousser. Un scooter, c'est comme un vélo mais sans pédales, je me débrouillerai.